Taourirt N-Tidhits
15/05/2020 21:39 par sidilhadi
Comment Thaourirth Nath Menguelat,Thaourirth N’Sidhi Lhadi fût à une époque lointaine appelée :
Taourirt N'Tidits Histoire vécue..
Au village de Taourirt Aït Menguellet, vivait un homme considéré, ayant, suivant l'expression kabyle, la parole dans la tribu. Son influence n'était pas due à la cause habituelle la richesse ; sa fortune était médiocre et, de son métier, il tournait des plats en bois. Mais sa force, son courage, sa sagesse dans les conseils l'avaient déjà fait choisir deux fois, dans les expéditions contre les Attafs, comme chef de guerre. De plus, bon musulman, il avait fait le pèlerinage de la Mecque ; ennemi du mensonge, il n'avait qu'une parole et personne ne pouvait dire qu'il y avait manqué.
Il se nommait El-Hadj Amrouch et était âgé de quarante ans environ.
Sa femme, Fatima, célèbre par sa fière beauté, lui avait déjà donné, à vingt-trois ans, quatre garçons, et pas une fille. Il passait donc pour un homme heureux, méritant de l'être.
Un mardi, il prévint sa femme que le lendemain, il irait vendre des plats à couscous à l'Arba des Iraten et y faire des achats pour le ménage. Le mercredi, en effet, avant l'aube, il ceignit sa gandoura et sa ceinture de cuir, jeta son fusil sur l'épaule et, embrassant son fils aîné, il interpella Fatima :
— Femme, je serai deux jours absent, ainsi que mon frère ; tu resteras seule à la maison, avec notre sœur et mes fils. Tu n'as pas d'homme pour te protéger, mais tu es la femme d'El-Hadj Amrouch. Je te laisse en outre M'kabra, notre chienne : elle veillera pour toi la nuit.
— Ton nom suffit, répondit Fatima, en garnissant le bissac de son mari de galette et de figues sèches ; ta servante est fière de t'appartenir. Grâce à toi, elle est entourée du respect de tous et saura prouver qu'elle le mérite. El-Hadj sourit ; n'osant point montrer sa satisfaction à sa femme, devant son frère, ce qui est peu correct en Kabylie, il se contenta de baiser à nouveau son fils. Les hommes partirent, et Fatima, toute la journée, vaqua à ses occupations, allant à la fontaine, récoltant les figues, suivie de près par la terrible M'kabra, énorme chienne arabe à longs poils blancs. Au maghreb, Fatima rentra chez elle, et la nuit était tout à fait tombée lorsqu'elle servit aux siens le repas du soir. La porte d'entrée qui, dans toute maison kabyle précède la cour centrale, était entrouverte ; M'kabra tournait autour de la natte servant de table et de nappe, lorsque, tout d'un coup, elle bondit vers la rue en poussant des aboiements furieux. Des pas précipités se rapprochaient de la maison : bientôt, une personne s'arrêta à la porte, en frappant à grands coups ; mais l'arrivant, effrayé par la vue de M'kabra, n'osait entrer, retenant la porte par le battant
— El-Hadj Amrouch ! El-Hadj Amrouch ! cria-t-il d'une voix haletante.
Fatima, se levant, calma M'kabra et demanda qui était là.
— Je suis l'hôte d'El-Hadj Amrouch, répondit-on, Amar Amzian de Djemâa Saharidj ; laisse-moi entrer chez toi, ô femme, car mes ennemis me poursuivent.
Au nom de Dieu et de Sidi Abd-el-Kader El-Djilali, laisse-moi entrer, ils vont me tuer !
— El-Hadj n'y est point, dit Fatima, entre néanmoins, qui que tu sois, car il ne sera pas dit qu'on a invoqué en vain l'hospitalité d'un Aït Menguellet. Entre vite, et si tu as de mauvaises intentions, Dieu et El-Hadj sauront te punir..
La porte s'ouvrit brusquement et un homme essoufflé s'abattit sur le banc des hôtes. La maîtresse de la maison, suivie de M'kabra, ferma la porte avec le verrou en bois : une troupe nombreuse approchait et ne tarda pas à heurter en criant.
— Qui est là, qui fait tant de tapage ? dit Fatima.
— Nous sommes, répondit-on, les gens de Bou-Dafa, des Aït Yahia. Nous poursuivons Amar Amzian des Aït Fraoucen, qui a tué notre frère Ali et sur qui nous avons rekba (vendetta). Fais-le sortir de ta maison, ou nous te regarderons et te traiterons comme ennemi.
Fatima regarda Amar qui tendit vers elle ses mains suppliantes.
— Tu es chez toi, dit-elle, sans paraître s'émouvoir. Ne crains rien, tu es en sûreté.
Et marchant d'un pas délibéré vers la porte, suivie de M'kabra, elle ouvrit brusquement et parut sur le seuil.
— Je suis, dit-elle aux assaillants, Fatima Naït Ali, femme d'El Hadj Amrouch. Mon mari est absent, passez votre chemin, il n'y a pas d'homme ici pour vous répondre.
La fière Kabyle se tenait droite dans l'embrasure de la porte, les bras étendus comme pour défendre à tous l'approche du foyer domestique, elle apparut aux gens de Aït Yahia comme entourée d'un nimbe rougeâtre, dernier éclat du feu allumé derrière elle pour le repas du soir.
Interdits, ils se pressaient tumultueusement dans la rue étroite. Le nom d'El Hadj Amrouch, jeté par la matrone comme un défi, refroidissait déjà leur ardeur : le respect de la femme mariée, qu'affichent tous les Kabyles lorsqu'ils sont en réunion, l'emporta sur leur soif de vengeance.
Le chef de la bande, tenant la tête un peu tournée pour ne point paraître regarder le visage de Fatima, répondit :
— Nous sommes les Aït Mansour de Bou-Dafal, ô femme, que le salut soit sur toi ! Ne sois point inquiète, ni fâchée, nous n'avons point contre toi ni ton mari d'intentions mauvaises. Nous poursuivons seulement Amar Amzian, pour lui faire payer la dette du sang. Il est entré ici, chasse-le, car il n'est point convenable qu'un étranger couche dans une maison dont le maître est absent.
— La horma (honneur) d'El Hadj Amrouch est toujours sous son toit, dit la matrone en s'écartant un peu du passage si vous voulez prendre Amar Amzian sans son consentement, le voilà ! Vous n'avez devant vous que Fatima et sa chienne. Mais n'oubliez pas que, si un cheveu tombe de sa tête, mes cris réveilleront les hommes de Taourirt et, dès ce soir, les chacals pourront goûter à vos cadavres.
Là-dessus, elle ferma, sans précipitation, la porte, sans s'inquiéter davantage des Aït Yahia. Elle se retourna vers Amar Amzian et dit :
— Repose en paix sur le banc, mon hôte ; je vais t'apporter le repas et mon fils, bien qu'il n'ait que six ans, essayera de remplacer son père et sera à ta disposition pour te servir.
Elle rentra dans la cour, et la chienne, comme comprenant qu'elle avait mission de défendre l'hôte envoyé par Dieu, se coucha entre les battants de la porte de la rue. Le repas fut bientôt achevé et les femmes s'étant enfermées dans une des chambres, Amar Amzian put dormir, en pleine sécurité, protégé par l'honneur d'El-Hadj Amrouch. Avant le jour Fatima prit une galette de blé mélangé d'orge et des figues sèches
— Mon hôte, dit-elle, tes ennemis sont partis, tu peux t'éloigner sans crainte sous la garde de Dieu.
— Femme, dit Amar, je n'oublierai point que tu m'as sauvé la vie : ton mari a un fils en moi et mes enfants lui appartiennent. Mais la vengeance des Aït Yahia est encore suspendue sur ma tête, elle saura m'atteindre avant mon retour dans mon pays si je n'ai pas l'anaïa (protection) de ton mari. Que dois-je faire ? Ne peux-tu me donner toi-même cette anaïa et un gage qui la fasse reconnaître ? Personne n'osera ainsi attenter à ma vie et à la horma (l'honneur) d'El-Hadj Amrouch.
— L'anaïa est la montagne de feu, dit sentencieusement Fatima, il n'appartient pas à une faible femme d'en disposer ; mais, en cette circonstance, je pense que le maître m'approuvera. Pars la tête haute, je te donne l'anaïa d'El-Amrouch de Taourirt. Voilà sa chienne M'kabra ; elle sera le gage qui te fera respecter, tout le monde sait qu'elle appartient à notre maison et connaît sa force et sa fidélité. Attache-la avec cette corde en poils de chèvre, elle te suivra. Quand tu seras à Djemâa Saharidj, détache-la, elle reviendra ici d'elle-même.
Amar, se baissant, prit sa barbe de la main droite et portant à sa bouche l'extrémité de la ceinture de Fatima :
— Je te jure, ô femme, que ta générosité ne sera point sans profit pour ta maison, dussé-je vendre mon bien et mes enfants, je te récompenserai et tu deviendras l'égale des plus riches de la tribu.
— Le salut soit avec toi, dit Fatima. Allons, M'kabra, suis l'hôte du maître et garde-le de la rekba.
Elle referma la porte, sans plus écouter les remerciements du Kabyle et revint vaquer aux soins du ménage.
A peine fut-il engagé dans le chemin creux qui descend de Taourirt, qu'Amar s'aperçut qu'il était suivi. Ne rencontrant personne du village pour lui venir en aide, il prit le parti de s'arrêter, attendant le danger pour faire appel à l'anaïa. Ses ennemis, les gens de Bou-Dafal, l'entourèrent bientôt et s'approchèrent de lui, malgré les aboiements furieux de M'kabra.
— J'ai l'anaïa d'El-Hadj Amrouch, leur cria-t-il ; laissez-moi passer sans me faire de mal, ou bien sa colère et celle de sa tribu tomberont sur votre tête. Tenez, voilà sa chienne, témoin et preuve de sa parole.
Les Aït Yahia étaient trop avancés pour reculer; ils se jetèrent sur Amar. Mais ce dernier, aidé de M'kabra et poussant de grands cris, se défendit vaillamment. Lassés bientôt par cette résistance inattendue, n'osant pas se servir d'armes à feu, de crainte d'attirer l'attention des gens de Taourirt, ils se mirent à lancer de grosses pierres. Amar atteint à la tête s'abattit et, malgré les efforts désespérés de la chienne, ses ennemis l'achevèrent en lui coupant la gorge, puis le dépouillèrent de son burnous. M'kabra avait, elle-même, reçu un coup de couteau et rentra péniblement au village, les entrailles pendantes.
Les Aït Yahia s'enfuirent de leur côté, craignant la vengeance des gens de Taourirt ; le soleil s'était levé et le village s'emplissait du bruit des travailleurs se préparant à descendre aux champs.
La chienne M'kabra se coucha épuisée devant la porte d'El-Hadj Amrouch et hurla lamentablement pour appeler sa maîtresse. Fatima, en entendant ce cri lugubre, s'écria :
— Ah ! les gens de Bou-Dafal ont violé l'anaïa d'El-Hadj Amrouch !
En ouvrant, elle aperçut le gage de l'anaïa, la chienne, couverte de sang, traînant la corde attachée à son cou, le ventre ouvert. Elle la releva, la porta sur de la paille et, se couvrant le visage de la cendre du foyer domestique, elle se mit à gémir avec les siens, comme le font les femmes kabyles quand un de leurs proches est mort.
Les passants, entendant ces cris, s'informaient. Bientôt tout le village sut que l'anaïa d'El-hadj Amrouch, accordée par sa femme en son absence, avait été violée par les gens de Bou-Dafal. Quand on apprit la grandeur de l'offense, comme on connaissait le caractère et la valeur de l'offensé, on s'attendit à une vengeance terrible.
Le cadavre d'Amar Amzian fut recueilli et veillé à la Djemâa, jusqu'à ce que ses parents, prévenus de suite, vinssent le chercher.
Le matin, après que le marabout eut appelé les croyants à la prière, le crieur public fit entendre sa voix claire parmi les premières rumeurs du jour. La Djemaâ devait se réunir, sur l'heure, au pied du minaret de la mosquée. Tous les Kabyles de Taourirt, pressentant l'importance de la question qui allait être traitée, s'y rendirent avec empressement. Se tournant vers l'Orient étincelant de lumière, ils récitèrent la fath'a, préliminaire obligé de toute discussion. A voir ces hommes en longs burnous, invoquant l'Eternel d'une voix tantôt sourde, tantôt éclatante, une terreur vague se glissait dans les cœurs. Lorsque la prière fut terminée et chacun assis sur les pierres noires polies par l'usage, El-Hadj Amrouch descendit dans le cercle. Sa valeur et son influence l'autorisaient à parler le premier s'il le jugeait bon, faveur qui n'est accordée qu'aux plus dignes.
— Hommes des Menguellet, dit-il, que le salut soit sur vous. Qu'Allah vous permette d'écouter favorablement les plaintes de votre frère ! Vous savez tous que les gens de Bou-Dafal ont violé mon anaïa, outrage d'autant plus odieux qu'il a été fait aussi à une femme. Certes, El-Hadj Amrouch est assez fort pour se venger de ses ennemis, mais il a cru, dans cette circonstance, devoir demander à tous aide et appui. Ce n'est pas son honneur seul qui est atteint : des étrangers ont pénétré, de nuit, dans votre village ; ils ont, le matin, souillé votre terre du sang d'un homme qui avait la parole d'un de vous : l'anaïa, la coutume sacrée léguée par nos pères, a été, par eux, méprisée et violée. A vous, hommes de cœur, de rappeler ces chiens au respect des lois par une punition telle qu'à jamais elle soit citée comme exemple. Je n'ajouterai rien : tous vous connaissez l'offense, décidez donc de la punition.
La discussion était ouverte. D'abord calme et dirigée par l'amin et les vieillards, elle devint tumultueuse. Les discours, les cris, les propositions s'entrecroisaient. Les orateurs, de gestes rapides, accentuaient les arguments, et si énergiquement qu'ils semblaient déjà porter des coups. Les anciens avaient grand-peine à contenir les partisans d'El-Hadj Amrouch, et surtout sa Taourirt, plus directement en cause ; les gens d'humeur plus pacifique, les désintéressés étaient moins nombreux, mais plus influents ; ils ne montraient, du reste, pas moins d'acharnement que leurs adversaires à défendre leur opinion ; ceux-ci voulaient laisser à l'offensé le soin de se venger, les autres regardaient la violation de l'anaïa d'un Menguellet comme le dernier des outrages et voulaient marcher sur-le-champ vers Bou-Dafal et le détruire ; d'autres proposaient enfin de demander aux Aït Yahia de leur livrer les coupables afin de les punir suivant les lois. A la voix des vieillards, aux cris des femmes accourues, craignant une rixe, le calme se rétablit ; on s'arrêta à la dernière proposition et le khodja, assisté de deux marabouts, fut délégué vers les Aït Yahia.
Nous croyons, El-Hadj, que tu as perdu la tête et que Dieu t'a rendu derwiche : c'est pour cela que tu n'es pas encore chassé de la Djemaâ ! Que veut dire ce costume ? Est-ce une femme que je vois ? Vient-elle ici pour danser ou chercher des amants ? Sors de cette place où tes ancêtres se sont assis ! Tu déshonores leur mémoire et tes enfants pourront se demander si tu avais quelque chose de viril.
El-Hadj Amrouch, pâlissant sous son fard, passa devant l'amin sans répondre et, sans qu'aucune main se levât pour l'en empêcher, vint s'asseoir à sa place habituelle
— Tu dis vrai, amin, articula-t-il lentement, ma place n'est point parmi des hommes qui délibèrent, mais avec des femmes qui filent. Celui dont l'anaïa violée n'est pas vengée est digne de la compagnie des tisseuses de burnous ! Et c'est pour cela que je viens m'asseoir auprès de vous, hommes de Taourirt des Aït Menguellet ! Je me suis souvenu que vous aviez peur de la poudre que vos longs fusils étaient devenus des quenouilles. Je suis un lâche et je me complais avec de plus lâches que moi ! A ces insultes, l'Assemblée se leva comme un seul homme, en poussant des cris de bêtes fauves. La karouba d'El-Hadj se jeta entre lui et le reste des Kabyles, prête à le défendre : de dessous les burnous sortaient déjà les longs flissas et les debbous en bois de chêne vert, recourbés vers la pointe et avec lesquels on casse un crâne comme une coquille d'œuf ; les cris et les gestes s'entrecroisaient, comme dans un combat, les lames des épées. Soudain, le marabout Si Ahmed Aït Sidi Saïd, vieillard à la barbe blanche, dominant de sa haute taille cette foule houleuse, cria d'une voix tonnante :
— Tu as raison, El-Hadj Amrouch ! Ils sont femmes ceux qui laissent sans vengeance leur horma traîner dans la boue
Puisque les Kabyles et les jeunes ne se battent plus, aux marabouts et aux vieillards de défendre l'honneur du village et les coutumes des ancêtres ! Sur la tête de mon fils, je ne coucherai pas sous mon toit avant d'avoir vu couler le sang des Aït Yahia !
Et il sortit brusquement.
L'opinion de l'Assemblée, émue par l'indignation du vieillard, eut un revirement subit. Un seul cri : «La guerre ! la guerre !», sortit de toutes les poitrines. Tous les Kabyles sortirent à la suite du marabout pour s'armer et s'approvisionner. Des coups de feu éclatèrent bientôt, apprenant à tous la décision énergique qui venait d'être prise.
Tous les hommes valides, salués tour à tour par les youyous aigus des femmes, accouraient dès qu'ils avaient pris leurs armes sur le mamelon qui sert de cimetière au village. Des coureurs avaient été envoyés aux voisins et aux alliés de toutes parts, on entendait les cris prolongés de montagne à montagne, de ceux qui appelaient les Menguellet au combat. Bientôt, El-Hadj Amrouch en tête, la troupe s'ébranla vers le chemin qui mène aux Aït Yahia.
En route, elle (la troupe) fut grossie des contingents des villages voisins, heureux de saisir l'occasion présente pour piller Bou-Dafal, s'agrandir aux dépens de son riche territoire et régler par la force des armes de vieilles contestations ; tous, du reste, reconnaissaient le bon droit des gens de Taourirt et avaient souffert de leur inaction en présence du viol de leur anaïa.
Comme une trombe, ravageant tout devant elle, coupant les arbres, incendiant les azibs, la colonne se rua vers Bou-Dafal. Les habitants, trop peu nombreux pour résister, avaient abandonné le village. Les envahisseurs, la torche à la main, parcouraient les rues, ils arrivèrent à la Djemâa, où ils trouvèrent quelques vieillards appartenant à la famille coupable du meurtre d'Amar Amzian, et qui s'offraient à la mort pour sauver leur karouba d'un désastre plus grand. Sans être touchés de ce dévouement, les Menguellet les égorgèrent et bientôt Bou-Dafal ne fut plus qu'un vaste brasier. Les Aït Yahia, campés sur les hauteurs, de l'autre côté du grand ravin, assistaient, impuissants, à la destruction de leur village ; bien que toute la tribu se fût rassemblée pour défendre, au besoin, le territoire d'Aït Hichem, village qui avait donné l'hospitalité aux meurtriers, elle ne se sentait pas de taille à se mesurer avec les farouches Menguellet.L'opinion publique, en Kabylie, donnait, du reste, tort aux Aït Yahia qui, ayant, en pleine paix, violé l'anaïa, paraissaient indignes de tout appui. D'un autre côté, ne pouvant, sans être taxés de lâcheté, livrer les réfugiés, ils se décidèrent à attendre, dans l'inaction, l'attaque des envahisseurs.
Elle n'eut pas lieu. Les Aït Menguellet campèrent sur le village incendié, démolissant le peu de murs restés debout, satisfaits du sang répandu, épuisant leur fureur sur des objets inanimés. Après trois semaines d'occupation, ils firent venir leurs charrues et labourèrent sur les ruines : d'un village florissant, il ne restait plus que des champs pierreux. Cet état de choses durait encore vingt ans avant la conquête française. A cette époque, les gens de Bou-Dafal, par l'entremise des marabouts, sollicitèrent des Menguellet l'autorisation d'occuper leur village et de rebâtir les maisons de leurs pères. Les haines s'étaient calmées, le souvenir du viol de l'anaïa affaibli. Les bannis purent relever leurs murs, et leur village, bien que diminué de ses meilleures terres au profit des marabouts de Taourirt, est aujourd'hui un des plus florissants et des plus pittoresques de la Grande Kabylie.
M'kabra, la chienne morte en défendant l'hôte de son maître, fut enterrée sous une pierre, à la porte de la Djemaâ, comme si elle eût été un croyant : honneur bien rare dans un pays où le mot chien équivaut à la plus cruelle injure.
Depuis cette époque, en souvenir du châtiment infligé aux violateurs de l'anaïa, la coutume sacrée par excellence, et aussi pour honorer le souvenir de la courageuse bête, le puissant village des Aït-Menguellet fut nommé Taourirt n'Tidits, le «colline de la chienne.»Taourirth el Kelba.
Sidi Ahmed Benyoucef, l’un des saint algériens les plus populaires est le saint patron de la ville de Miliana. Miliana, à 130 kilomètres à l’ouest d’Alger, semble suspendue aux flancs du Zaccar d’où elle domine à la fois la vallée du Chélif et le grand plateau, prolongement de la montagne.
Miliana est connue, depuis longtemps, pour ses vergers où poussent à profusion des fruits. Miliana est connue depuis l’antiquité. L’itinéraire d’Antonin, sorte de répertoire antique des villes et cités antiques, cite à l’emplacement actuel de la ville ou dans ses environs, une agglomération du nom de Malliana et saint Augustin évoque un évêque de cette cité, Victorien de Malliana.
Une stèle découverte en 1849 à Khemis-Miliana, porte le nom de Manliae, fille d’un certain Lucius, propriétaire d’un grand domaine de la région. On a rapproché tous ces noms de celui de Miliana, auquel on a donné une origine latine.
Mais certains auteurs qui ne partageant pas cette hypothèse, pensent plutôt à un nom berbère : une cité fortifiée du Touat, qasr, porte ce nom ainsi qu’une fraction de la tribu berbère des Bani Handel. L’antique Miliana correspondrait plutôt à la cité de Zucchabar, signalée par une pierre retrouvée lors de travaux de terrassement sur la rive droite du Chélif.
Si Miliana s’enorgueillit d’avoir pour saint patron Sidi Ahmed Benyoucef, celui-ci n’est pas natif de la ville. En fait, beaucoup de saints ne sont pas originaires des villes qu’ils patronnent : ainsi, Sidi Abderrahmane, saint patron d’Alger, est originaire des Issers, Sidi Boumediene, saint patron de Tlemcen vient d’Andalousie, beaucoup de saints sont originaires du Sahara occidental (Rio de Oro), depuis toujours, pépinière des saints du Maghreb.
Si Miliana a fait de Sidi Ahmed Benyoucef son patron, c’est parce qu’il y est enterré. Il est né entre 1432 et 1440 de l’ère chrétienne, selon la version la plus courante, à Galaât Banu Rachid. Il est mort en 1524 ou 1527 à Biraz, aujourd’hui Al’Amira, à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Aïn Defla.
Des généalogistes lui donnent une origine arabe et le rattachent à la famille du Prophète mais en réalité, c’est un Berbère, ainsi que le montre le nom de certains de ses ancêtres : Yamdas, Tadhir, Yaâla, etc. Par ailleurs, on le rattache souvent à la grande tribu berbère des Maghraouas. Son principal biographe, Al Sabbagh lui attribue des mots et même des phrases en berbère.
Ainsi, il se faisait appeler dadda, mot berbère bien connu qui signifie «grand frère». Ahmed est le nom de notre saint, Youcef serait le nom de son père ou de son grand-père, mais on ignore tout de ce personnage.
La tradition orale est, dès son origine, entourée de légendes. Plusieurs récits sont rapportés, les uns plausibles, les autres beaucoup moins. Selon un récit, Youcef serait le père adoptif qui a recueilli «notre saint» à sa naissance. Comme il se doit, pour un grand saint, Ahmed Benyoucef était orphelin de père et de mère.
On rapporte que le nommé Youcef se rendait à la mosquée pour la prière de l’aube, quand il entend les vagissements d’un nourrisson. Il s’approche et voit un enfant, dans son berceau, recouvert de ses langes. Il croit à une apparition et prend peur. Il sait que les djinns prennent souvent des formes humaines pour tromper les gens. Il recule donc, mais l’enfant pleure. Il ne peut le laisser là, dans le froid. Il retourne vers lui et le prend.
Or, dit encore la légende, cet homme qui n’avait pas d’enfant – il croit donc à un don du Ciel – va adopter ce nourrisson. Sa femme, bien entendu, est heureuse. Voilà longtemps qu’elle souhaitait serrer un enfant dans ses bras ! On s’informe tout de même sur la famille de l’enfant et comme personne ne le réclame, on va le garder. Youcef de la légende n’était pas très riche, mais il nourrit le bébé du lait de sa vache et l’a élevé en l’entourant de beaucoup d’affection.
Selon une autre légende, plus courante, Benyoucef était le fils d’un santon du Gourara, un certain Mansour, surnommé Boukerkour (l’homme au gros rocher) dont le tombeau est encore visité de nos jours.
On rapporte que Mansour était déjà vieux, presque impotent, quand Benyoucef est né. Les gens de son entourage sont très surpris qu’un vieillard, qui tient à peine sur ses jambes, ait engendré ! Il est la risée de tous ces gens qui doutent de sa paternité. «Cet enfant est bien vigoureux, lui disait-on, comment peut-il avoir pour père un vieillard flageolant ?»
Irrité par les plaisanteries et les sous-entendus, le vieil homme convoque la foule et lui dit : «Je veux couper court à toutes les supputations sur la naissance de mon fils. Aujourd’hui-même, devant vous, je vais le soumettre au sort !»
Les gens se regardent, surpris par cette réaction.
«Que veux-tu faire ?» lui demande-t-on. Mansour ne répond pas à la question mais demande qu’on allume un brasier. Puis il va chercher le bébé et le montre aux gens :
«Je vais le jeter dans le feu : s’il n’est pas mon fils légitime, qu’il soit consumé, en revanche, s’il est de mon sang, qu’il ne lui arrive rien !», et devant la foule horrifiée, il jette le bébé dans le feu. Il laisse passer un instant puis il ordonne qu’on le retire. Miracle : les langes ont brûlé mais l’enfant n’a aucune brûlure et sourit !
On a très peu d’informations sur l’enfance et la jeunesse d’Ahmed Benyoucef. Il a dû faire ses études dans son village natal, s’initiant aux principales disciplines qu’on apprenait alors : l’écriture, la grammaire arabe, le calcul, les sciences religieuses. Il aurait suivi, un peu plus tard, les cours de maîtres de son époque, notamment le mystique Ahmed Zarrouq al-Barnousi qui l’a initié au soufisme, le mysticisme musulman, notamment à la tariqa (voie) des Chadouliyya. C’est Zarrouq qui l’a revêtu de la khirqa, la bure des initiés et qui lui a fait faire sa retraite spirituelle.
Après cette retraite, Ahmed Benyoucef prend la route pour pratiquer, selon les principes de sa tariqa, l’errance ou siyah’a qui va le conduire, durant une quinzaine d’années à séjourner dans plusieurs villages et villes d’Algérie. Ses séjours dans l’Ouarsenis et le Djurdjura, en Kabylie, ont été les plus longs. En Kabylie, il aurait vécu dans plusieurs villages, s’occupant d’enseignement et de prédication.
Il était très écouté et on le sollicitait souvent pour régler des conflits entre personnes. Il procédait aussi à la réconciliation dans les querelles entre villages et même entre tribus, évitant ainsi les conflits qui pouvaient, à cette époque, dégénérer en guerres fratricides.
Les biographes représentent Sidi Ahmed Benyoucef comme un homme de grande taille, avec une longue barbe qu’il tressait et qu’il dénouait quand il était irrité. Contrairement à beaucoup de saints qui prêchaient la sobriété et la réserve, c’était un homme jovial qui appréciait les bonnes choses et aimait jouir de la vie.
Il portait un turban, une djellaba et un burnous blancs, il aimait s’asseoir sur les beaux tapis et il appréciait les lits douillets. Il aimait également la bonne nourriture et il se plaisait à dire :
«Mes disciples doivent bien se nourrir, ils doivent être comme la cornemuse qui ne résonne que lorsqu’elle est pleine !».
Il s’opposait ainsi à un autre saint, Sidi Boumediene qui, lui, recommandait à ses disciples de se priver de tout et d’être maigres comme des flageolets pour glorifier le nom de Dieu ! On connaît aussi des saints orientaux qui se privaient de tout, y compris de nourritures, parce qu’ils croyaient, en étant ainsi, être agréables à Dieu.
Or, dans la logique de Sidi Ahmed Benyoucef, si Dieu a créé tant de bonnes choses, c’est pour que l’homme en profite ! Laisserait-on les fruits pourrir sur les arbres ? Et toutes ces bêtes qui fournissent de si succulentes viandes… Le péché, ce serait de ne pas en jouir, bien entendu en toute licéité et sans goinfrerie ni gaspillage.
En aimant les bonnes choses, notamment faire bonne chair, le saint ne faisait que se conformer à ce principe coranique qui dit que Dieu a créé les bonnes choses pour que les hommes en profitent.
Au demeurant, Le Coran a rejeté le monachisme.
«Nous avons fait suivre (Les Envoyés) de Jésus, fils de Marie, et nous lui avons apporté L’Evangile et mis dans le cœur de ceux qui l’ont suivi douceur et mansuétude. Quant au monachisme (rahbâniyya), qu’ils ont inventé, nous ne le leur avons pas prescrit, (ils devaient) seulement rechercher l’agrément de Dieu, mais ils ne l’ont pas observé comme il se devait. A ceux qui ont cru, nous avons accordé leur récompense. Mais la plupart d’entre eux sont des pervers» ( Le Fer, s. 57, v. 27).
Cet amour des choses terrestres ne l’a pas empêché d’être un saint comme les autres, c’est-à-dire humble et modeste. C’est ainsi que, selon ses biographes, il a adressé, un jour, cette prière à Dieu :
«Dieu, je voudrais que tu me rendes comme le parterre que foulent le musulman et le non-musulman…» Ahmed Benyoucef a eu plusieurs épouses, on connaît le nom de quatre d’entre elles et les conditions dans lesquelles il les avait épousées…
Sidi Ahmed venait juste de rentrer de Béjaïa où il avait fait ses études quand il a fait le projet de se marier avec une jeune fille. Elle s’appelle Setti et elle lui plaisait. Le père de la jeune fille, un certain ‘Amr ben Ali al Machrafi, était connu : il était non seulement riche mais se disait même être un saint. Le jeune Ahmed envoie des disciples faire la demande. Le père refuse aussitôt :
«Je ne peux accorder la main de ma fille à cet individu !»
Les envoyés s’étonnent :
«Ahmed est un garçon correct, rien ne justifie ton refus !»
Le père explique que le jeune homme est un déviant et qu’il répand des doctrines contraires à la religion.
En fait, il était jaloux de Ahmed qui commençait à faire parler de lui et comme lui-même se disait saint, il avait peur qu’il lui fasse ombrage. ‘Amr projette même de l’assassiner puis, pour le décourager il lui envoie deux notables pour formuler ses exigences en matière de dot : 100 pièces d’or, deux mules et deux servantes alors que le jeune homme n’avait rien.
Mais il parvient à convaincre les deux émissaires de l’immensité de son savoir et ceux-ci plaident sa cause. Ahmed épouse donc Setti qui va lui donner des enfants, notamment Mohammed al Sghir, surnommé Ameziane, en berbère, «le jeune». Avec Setti, il aurait eu également une fille appelée Aïcha et qui est morte au cours d’un séjour au Sahara.
On a aussi des informations sur une autre épouse d’Ahmed, Kalila. Comme le père de Setti, le père de la jeune fille s’oppose au mariage. Des mystiques, disciples de Ahmed Benyoucef, viennent le trouver et lui disent :
«Comment peux-tu t’opposer à un mariage qui a été conclu dans le ciel ?»
L’homme ne comprend pas. Il regarde les envoyés, avec étonnement : «Dans le ciel ? Je ne comprends pas.»
L’un des envoyés lui dit, sur un ton solennel :
«Oui, dans le ciel ! C’est Dieu Très Haut qui a décidé d’accorder la main de ta fille à Ahmed Benyoucef, en présence de l’Ange Gabriel, du Prophète Mohammed et des quatre califes éclairés : Abu Bakr, Omar, Athman et Ali !»
Comme il ne pouvait s’opposer à Dieu ni contester les illustres témoins qui se sont produits, le père ne peut qu’accepter l’union ! Le jeune homme épouse donc la jeune fille et le père, pour le ménager, ne formule aucune condition.
De toute façon, l’époux était toujours pauvre ! Sidi Ahmed Benyoucef s’est signalé très tôt comme un thaumaturge, c’est à dire quelqu’un qui réalisait des prodiges ou karamate, avec la permission de Dieu. Pour un musulman pieux, en effet, les miracles, c’est-à-dire les phénomènes extraordinaires sont du ressort de Dieu. Les prodiges réalisés par les hommes sont réalisés également par lui, dans le but de convaincre les incrédules.
Déjà, quand il était jeune étudiant, à Béjaïa, Ahmed Benyoucef faisait preuve d’un extraordinaire don de perception extrasensorielle : il pouvait voir ce qui se passait à des centaines de kilomètres de distance.
Un jour, alors qu’il se trouvait en compagnie de son maître, le mystique Zarrouq al-Barnousi, celui-ci dit avec nostalgie :
«Que peuvent bien faire, en ce moment, ma femme et mon fils qui sont à Fès ?»
Ahmed Benyoucef ferme les yeux, puis les ouvre et déclare aussitôt : «Moi, je sais ce qu’ils font !»
Zarrouq le regarde avec étonnement :
«Quoi ! comment peux-tu le savoir ?»
Ahmed Benyoucef hoche la tête :
«Je les vois !»
Le mystique s’étonne :
«Comment peux-tu les voir. Fès est si loin d’ici !
– je les vois comme je te vois, c’est Dieu qui m’a donné ce don de voir les choses à distance. Mon regard est entré dans la pièce où ils se trouvent et je vois ce qu’ils font !»
Zarrouq est émerveillé.
«Et tu peux, demande-t-il, me dire ce qu’ils font ?»
Benyoucef répond : «Oui, ton fils est dans sa chambre et ta femme le coiffe. Elle lui a fait des tresses et lui place un ruban de soie sur la nuque, un ruban avec un pompon. Plus tard, un voyageur, venant de Fès et qui a vu la femme et le fils de Zarrouq, confirme ces détails.
Ahmed Benyoucef avait la réputation de chasser les démons : aussi les proches de personnes que l’on croyait possédées lui demandaient-ils souvent d’intervenir. D’après les auteurs, il ne récitait pas d’incantation ni ne recourait à aucun produit, comme le font généralement les exorcistes, en brûlant par exemple de l’encens ou du benjoin.
Il lui suffisait d’être là et d’ordonner au djinn de sortir pour qu’il quitte la personne possédée. Un jour, un homme est venu le voir, le suppliant d’expulser le djinn qui, selon lui, l’habitait. Ahmed Benyoucef lui écrit un texte et lui dit : «Va le lire devant ta femme !».
Il s’agit d’un ordre de sortir donné au djinn. Dès qu’il l’entend, celui-ci parle par la bouche de la femme : «Je m’en vais puisque telle est la volonté du cheikh !».
Al Sabbagh, le disciple et le biographe d’Ahmed Benyoucef qui rapporte ce prodige en rapporte un autre. Un homme venant d’Alger traverse un affluent du Chélif, en crue. Il est sur le point d’être emporté par les flots quand il invoque le cheikh. Aussitôt un pont apparaît et il peut traverser la rivière en crue en toute quiétude. Le lendemain, le voyageur va trouver le saint et lui raconte ce qui s’est passé : «Le pont, dit-il, c’est moi !» Sa femme, Setti, rapporte que ce soir-là, il était tout mouillé et qu’il a dû garder le lit pour ne pas attraper froid !
Parmi les prodiges qu’il a réalisés, on cite la multiplication de la nourriture : il lui suffisait, dit-on, de toucher le pain ou un plat pour qu’il augmente de volume ou se multiplie. Il peut de la sorte avec peu d’aliments nourrir un grand nombre de personnes.
Son élève et biographe al-Sabbagh rapporte un de ses prodiges dont il a lui-même bénéficié. Un jour, le cheikh lui dit qu’il va déjeuner chez lui, en compagnie de trois personnes, al-Sabbagh prépare donc un repas pour quatre invités. Mais en se rendant chez lui, quelques personnes suivent Ahmed Benyoucef pour l’entendre parler.
Dans chaque quartier où il passe, d’autres personnes se joignent à elles si bien, que c’est toute une foule qui arrive chez l’hôte. Celui-ci s’effraye en voyant autant de personnes à sa porte. «Maître, dit-il à Benyoucef, ces gens, ont-ils l’intention d’entrer chez moi ?»
Benyoucef s’indigne :
«Tu ne vas pas les renvoyer tout de même !»
Mais il comprend aussitôt la cause de l’inquiétude de son élève :
«Ne crains rien, lui dit-il, donne-nous ce que tu as préparé et uniquement cela !».
Al- Sabbagh sert donc le repas qu’il a fait préparer : un repas pour quatre personnes mais plus de cent hommes vont manger à satiété et, à leur départ, il restera de la nourriture. C’est la baraka de Sidi-Ahmed Benyoucef
Ahmed Benyoucef avait beaucoup de disciples et tous affirmaient vouloir le servir, voire mourir pour lui. Un jour, il réunit tous ses disciples et leur dit, avec une certaine ironie : «Acceptez-vous de vous sacrifier pour moi ?». Les disciples sont étonnés par cette question, mais ils répondent tous en chœur :
«Oui ! sidi, nous nous sacrifierons pour toi !»
Les jours suivants, il leur pose de nouveau la même question et reçoit, à chaque fois, la même réponse. Ils ne comprennent toujours pas ce qu’il veut dire et surtout ce qu’il a l’intention de faire.
Un jour, il décide de tester leur fidélité. C’est l’Aïd el-Kébir et, après la prière, les gens s’apprêtent à égorger leur mouton. Ahmed Benyoucef réunit ses disciples – une grande foule d’hommes et de femmes et leur dit d’attendre devant la porte d’un hangar. Il appelle un premier, et lui dit : «Alors, tu es toujours prêt à te sacrifier pour moi ?»
Le disciple, quoique surpris par la question, répond : «oui, maître.» Alors, le saint ferme la porte derrière lui et quelques instants après on voit un filet de sang couler à l’extérieur. Un vent de panique s’empare de la foule : Sidi Ahmed Benyoucef vient d’égorger son disciple. Le saint apparaît sur le seuil de la porte et appelle un autre disciple.
«Es-tu prêt à te sacrifier pour moi ?», lui demande-il.
Le disciple a très peur, mais il répond, d’une voix sûre :
«Oui.» «Alors, entre rejoindre ton compagnon !»
Le disciple entre dans le hangar, la porte se referme derrière lui. Et encore Un autre filet de sang.
«Il l’a égorgé ! crie-t-on.
Il va tous nous égorger, le cheikh est devenu fou !»
Les disciples s’éparpillent aussitôt craignant de subir le même sort. Seuls sept hommes et trois femmes ont accepté d’entrer dans le hangar. En fait, le saint n’a fait qu’égorger des moutons et il faisait sortir ses disciples par une porte dérobée. Ces fidèles d’entre les fidèles ont reçu le nom de madhbuh’in, «les immolés».
Saint et thaumaturge, Sidi Ahmed Benyoucef a été aussi un homme d’action, n’hésitant pas à s’ingérer dans les affaires de la Cité et à prendre parti. C’est ainsi qu’il a critiqué, et parfois avec une grande sévérité, les hommes politiques de son époque.
Sidi Ahmed Benyoucef s’est donc attiré l’inimitié de certains dirigeants et souverains, notamment le sultan de Fès et les Banu Ziane qui régnaient à cette époque sur l’Ifriqya (l’est de l’Algérie et la Tunisie d’aujourd’hui). Il critiquait les souverains, n’hésitant pas à prendre la défense des opprimés.
Il leur reprochait aussi de ne pas défendre suffisamment leurs royaumes, menacés par les Espagnols et les portugais qui cherchaient à les conquérir. A l’inverse, il a accueilli avec enthousiasme les Turcs en lesquels il a vu des sauveurs du Maghreb, menacés par les incursions européennes. Les Turcs, en remerciement, vont le combler de cadeaux…
Cela ne va pas empêcher le saint de faire des critiques à ses alliés quand ils outrepassaient leurs droits. Ahmed Benyoucef consacrait une grande partie de ses activités à l’enseignement de ses doctrines mystiques, exerçant principalement à la Qal’a des Banu Rachid. dont il était originaire.
C’est d’ailleurs à cet endroit qu’il se trouvait quelque temps avant sa mort. «Mon heure est arrivée, dit-il à ses disciples. Je veux qu’à ma mort vous chargiez ma dépouille sur une mule et que vous la laissiez aller où bon lui semble. Vous m’enterrerez à l’endroit où elle s’arrêtera.»
Sidi Ahmed Benyoucef meurt peu après et, selon sa volonté, on chargea sa dépouille sur le dos d’une mule qu’on lâcha. Elle a été suivie par une grande foule qui voulait assister aux obsèques du maître. La marche est longue et la mule ne semble pas se fatiguer. Elle arrive enfin aux abords de Miliana : un beau pays de jardins et de vergers fleuris. ce n’est pas dans un verger qu’elle va s’arrêter, mais sur un terrain plein de détritus. En fait, c’est la décharge des juifs de la ville.
— On ne va pas l’enterrer sur la décharge des juifs ! protestent des disciples.
— Le maître vaut mieux que cela ! disent d’autres.
— Il faut l’enterrer ici ! disent quelques-uns. C’était la volonté du maître de laisser le sort choisir l’endroit de sa sépulture.
On l’enterre donc en cet endroit… indécent. La tradition rapporte qu’un autre mystique qu’il avait un jour offensé – Zarrouq al-Barnousi –, lui avait fait une prédiction : «Tu seras enterré sur une décharge publique.»
Quoi qu’il en soit, les Turcs vont lui construire un magnifique mausolée qui va devenir un lieu de pèlerinage et faire le prestige de Miliana. En effet, son nom va être attaché à cette ville où il n’a pourtant pas vécu. De nos jours encore, on ne peut pas évoquer la petite ville sans évoquer son wali, son saint patron, Sidi Ahmed Benyoucef.
http://gadames.eklablog.fr/sidi-ahmed-benyoucef-a125985168.
Je t'aime de tout mon cœur
Tu es un homme plein de douceur.
Un homme fort,
Un homme qui a rarement tord.
Par ta sagesse
Joublies mes faiblesses
Tes conseils me sont précieux
Qu'Allah te rend plus pieux.
Chaque jour à tes côtés,
Je me sens aimée et chouchoutée
Malgres mon âge,
Je resterais toujours la petite fille sage,
Je ne pourrais jamais assez te remercier
Pour l'amour que tu m'as donner
Tu es jusqu'à maintenant très protecteur,
Je comprends que tu ais peur
Mais je me refuge auprès de Notre Seigneur
Tu m'as éduqué durement
Al hamdu lillah qu'Allah te récompense grandement.
Tu es pour moi un homme exemplaire,
Lorsque je te vois sourire je vois en toi une lumière,
Quand tu me câlines,
Je me sens comme une gamine
Dans tes bras
Je ne m'en lasserais pas.
Dans le quartier tout le monde t'offre leur respect
Car tu as toujours été droit et discret
Ceux qui ne te connaissent pas
Disent de toi que tu es froid
Ceux qui te côtoient
Disent que tu es sympa
Le bel homme ma sha ALLAH qui ne traine pas
Le grand homme qui ne médis pas.
Un hajj avec de la prestance
Toujours avec élégance...
Besoin de toi,
Tu es toujours la.
Ô papa quand j'écris, mes larmes coulent,
Tu comptes tellement pour moi que ma plume roule.
Je ne peux imaginer vivre sans toi,
Qu'Allah te garde encore longtemps auprès de moi.
Je t'aime mais je ne te l'ai jamais dit,
Je t'aime a vie,
Trop de pudeur
Pour te vider mon cœur,
Ma plume est pour moi,
Ce qu'est une rose pour Mama,
Une façon d'exprimer mon amour envers toi
Une façon de te dire je t'aime papa...
Mon père ne lira pas ce poème
Mais peut importe, il sait que je l'aime...
manelle
YOUCEFÏA
La confrérie des Youcefïa a eu pour fondateur le chérif Abou-A'bbas, Sidi-Ahmed ben Mohammed ben Ahmed ben Abdallah ben Youcef ben A'bdeljelil ben Imdès ben Abd-er-Radhi ben Moussa-elMortadlti ben Dju'far-es-Sadoq ben Mohammed-el-Baqi ben Ahmed ben ez-Zin-el-A'bidine ben Hamoud ben A'ii ben Idris-es-Sghir ben Idris-elKebir ben Abdallah-el-Kamel ben Mohammed ben l'Hacen-es-Sebt ben Ali ben Abou-Taleb.
Il était connu sous le nom de Youcef en mémoire de son grand-père Youcef ben Abdeldjelil, et sous le surnom de Rachedi comme étant originaire des Beni-Rached (1).
Avant de s'affilier à la voie des Chadelïa, Ahmed ben Youcef avait déjà acquis une grande renommée de sainteté. Il appartenait, en effet, à la classe privilégiée des derouich Il était mejdoub et se plaisait à raconter lui-même que dès sa plus tendre enfance, il ne vivait, ici-bas, que corporellement.
Il eut de nombreux démêlés avec les Turcs que son prosélytisme gênait et même avec plusieurs de ses coreligionnaires, notamment avec un certain A'minar-et-Tsari qui,le considérant comme un dangereux innovateur, avait juré de le tuer. Mais, la légende rapporte que chaque fois qu'il cherchait à s'approcher d'Ahmed ben Youcef, la jument qu'il montait s'arrêtait à distance et refusait d'avancer.
Menacé d'emprisonnement par les Turcs, le fondateur de la confrérie des Youcefia quitte son pays et se rend à Bougie où il se fait affilier à l'Ordre des Chadelïa, par Sidi-Ahmed ben Zerrouq.
Revenu dans son pays d'origine, il y recommença son prosélytisme et laissa de nombreux disciples dont quelques-uns sont demeurés légendaires. Citons entre autres Sidi-Mohammed-el-Antri-el-Arbi, qui voyageait à travers les étoiles Ahmed-bou-Ma'z'a-er-Rachedi (inhumé à Mascara), surnommé Bou-Ma'za à cause d'une chèvre qu'il immola jusqu'à cent fois et qui revenait toujours auprès de lui Abdelkader ben Khemasi, dont l'existence ne fut dévoilée que par une perdrix qui le suivait partout, etc.
(1) M. Pilard, dans son étude sur la confrérie des Senoussia, et après lui M. Itinn, dans Marabouts El Khouan, placent les Beni-Rached dans l'amalat de Taza (Maroc). Dans le livre Rabah-et-Tidjara, par Ali ben El-Hadj-Moussa, oukil de la zaouïa de Sidi-Abderrahrnane-et-Ta'alibi (Alger), l es Beni-Rached sont, au contraire, indiquas comme dépendant, au XVIe siècle, de l'amalat d'Oran et situés à environ cinq heures de marche de Mascara. Ahmed ben Youcef avait une zaouïa à Kala'a qui doit être le Kala'a (douar) actuel de la commune mixte de l'Hillil.
La vie d'Ahmed ben Youcef, est remplie de prodiges, souvent racontés par lui-même. Nous n'en citerons qu'un un jour que les privations l'avaient obligea quitter la kheloua où il s'était retiré, des pêcheurs le trouvèrent aux environs de Bougie, mourant de faim. Après l'avoir obligé prendre quelque nourriture, ses sauveurs providentiels voulurent remmener, mais, une fois dans la barque, celle-ci n'avançait plus et les pécheurs reconnaissant en Sidi-Ahmed, un marabout, n'eurent d'autre recours que de lui demander sa bénédiction qu'il leur donna volontiers.
On raconte aussi, qu'a l'exemple de Si Mohammed ben A'ïssa, qui vivait de son temps, Si Ahmed ben Youcef, peu confiant dans les trois ou quatre mille disciples que son renom de sainteté lui avait attirés et qui ne cessaient de s'attacher à ses pas, voulut faire un triage et choisir des hommes dévoués et sincères.
« Un jour, il les réunit tous autour d'une maison isolée, monta au » premier étage, se présenta à eux armé d'un grand couteau et leur » dit « Dieu a bien voulu me parler cette nuit; il m'a ordonné, pour » conjurer un grand malheur qui me menace, de sacrifier vingt des » disciples qui me suivent et m'écoutent avec tant de confiance. Je ne veux forcer le dévouement de personne. Que ceux d'entre vous qui » aiment le Seigneur, qui m'aiment et qui ont confiance en moi, vien» nent ici me tendre leur gorge » (1).
Il y eut, après cette harangue, une grande fluctuation et un grand tumulte parmi les khouan assemblés leurs rangs s'étaient éclaircis et il en restait à peine une centaine lorsque Sidi-SIiman-bou-Smaha, aïeul de Sidi-Cheikh (2) se présenta. Il était à peine dans la chambre où se tenait Ahmed ben Youcef que le sang coula d'une gargouille. Sept disciples montèrent successivement dans la chambre sanglante. Inutile de dire que le rusé Ahmed ben Youcef avait substitué à ses sept dévoués serviteurs, d'innocentes brebis apportées secrètement dans la maison avant l'expérience.
(1) Extrait de la Notice sur les oasis du Sahara cl les roules qui y conduisent, par L de Colomb, lieutenant-colonel d'infanterie. Paris, Challatncl ainé, éditeur, 1860.
(2) Dans le Ilobah-el-Tidjara (lovo citalo), où l'histoire des Medabih (égorgés) est également racontée avec quelques variantes au récit que nous donnons, ce serait Olteilih ben ed-Uin qui se serait présenté, mais l'erreur est, ici, manifeste Cheikh ben ed-Din,ainsi qu'on pourra s'en rendre compte par un simple examen des arbres généalogiques annexés à la notice des Cheïkhïa, ayant été l'un des héritiers de la baraka des mêmes Cheïkhïa qui n'étaient pas encore organisés en confrérie à l'époque où vivait le fondateur des Youcefia.
(3) En 927 de l'hégire, suivant Ahmed ben Khaled-en-Naceri-Sellaouï, auteur de Ylslikça.
Si Ahmed ben Youcef est décédé en 931 (3) de l'hégire (1524-1525 de J.-C.) son tombeau, situé ai Miliana, est l'objet de fréquents pèlerinages.
Il avait fréquenté nombre de chioukh de son temps parmi lesquels on cite l'imam Ez-Zitouni (Abou-A'bdallah-Mohammed), l'imam ElBokhaoui (Abou-Fadhel-et-Tomisi), les chioukh Abou-A'bdallah-esSbahani, Abou-Moussa-el-Masri et, principalement, Si Ahmed-Zerrouq, son maître spirituel.
Le fondateur des Youcefïa a laissé des commentaires sur Je soufisme, sur la voie Chadelïa à laquelle se rattache son enseignement essentiellement spiritualiste et, principalement, sur les états extatiques des affiliés qui marchent vers l'union mystique. Il divise ces derniers en sahib-el-ouadhia, sahib-et-taqsir, sahib-el-khirqa et sahib-ism-el-Djelil, toutes qualifications qui marquent des degrés mystiques plus ou moins accentués.
Quant la chaîne spirituelle des Youcefïa elle est ainsi composée: Si Ahmed-Youcef, Ahmed-Zerrouq, Ahmed ben Oqba-el-Hadrami, Yahia-el-Qaddour, Ali ben Ouafa, Daoud-el-Belghi, Ibn-Ata-Allah, Hassan-Chadeli, A'bdesselam ben Machich, Chériî-Abou-Zid, A'bderrahmane-ez-Ziati-el-Madani, Taqi-ed-Din-es-Soufi, Ma'rouf-Foqïa, Fakhred-Din, Abou-Hacen-Tadj-ed-Din, Chems-ed-Din, Mohammed, Zin-edDin, Mohammed, Mohammed-el-Qazouini, Abou-Ishaq, lbrahirri-el-Bosri, Abôu-Qacem-el-Merouani, Sa'ïd-el-Foutouh-Sa'di, Sa'ïd-el-Gherghouani, Abou-Mohammed-Djabri, Hassein ben Ali ben Abou-Taleb, Ali ben Abou-Taleb.
Une deuxième chaîne, dite chaîne de la Khirqa, aboutit également à Ali ben Abou-Taleb par l'intermédiaire de divers personnages dont les principaux sont Ahmed-Zerrouq, Hassan-Chadeli, Abou-Ahmed-El-Ghazzali et El-Djoneïdi.
Aux dires des biographes musulmans Ahmed ben Youcef eut une descendance nombreuse et plusieurs centaines d'élèves qui se sont illustrés par leur érudition et leurs vertus.
Après la mort de leur aïeul et de leur maître, les uns et les autres se répandirent en Afrique septentrionale et, plus particulièrement au Maroc.
Un groupe de ses descendants existerait encore aux environs de la ville de Tlemcen . Il y a plus d'un siècle, un de ces derniers, Si Mohammed ben-Miloud (1), arrivait à Tiout. Bien accueilli par les habitants (1) Les Ouled-Miloud, marabouts de Tiout, descendent directement de Si El-Khelladi, arrière petit-fils de Si Ahmed ben Youcef.
Ce Si El-Khelladi, qui est l'ancêtre commun de cette localité et des environs, il se maria dans leur ksar avec la sœur d'un des notables de l'endroit (1). De cette union naquit un fils, Si Mohammed, dont la descendance figure dans l'arbre généalogique ci-après
à Tiout des branches de cette famille répandues dans la province d'Oran, à Tiout et au Maroc, était le fils du Ben-Yabia, fils de Moumen, fils de Ben-Ahmed, surnommé Ben-Marzouga, un des enfants de Si Ahmed ben Youcef.
A une époque déjà ancienne, il vint s'établir à El-Kenator, dans l'ancien aghalik des Ghossel, sur le territoire actuel de la commune mixte de Remchi. Il mourut en laissant six enfants Si-Zerrouki, Si-El-Hadj-Safi, Si-Zenagui, Si-Ouis, Si-Yahia et Si-El-Miloud chacun de ses fils fut à son tour le père d'une nombreuse descendance qui s'est dispersée de la manière suivante
Une partie des Oulad-Si-Zerrouki alla se fixer chez les Zekkara (Maroc) les Oulad-Sidi-EI-Hadj-Safi, les Ouled-Zenagui, les Ouled-Sidi-Ouis et les Ouled-Sidi-Yahia restèrent fixés à El-Kenater, où ils sont encore. Quant à Si-Miloud, sixième fils d'El-Khelladi, il mourut à El-Kenater, laissant un fils nommé Si Mohammed, qui se rendit à Tiout et s'y fixa, il y a de cela 121 ans (années lunaires).
(D'après les renseignements fournis par El-Miliani. un des membres de cette famille, vivant à Tlemcen).
(1) Les deux fils de celui-ci ont été successivement les représentants des autorités françaises dans le ksar. L'aîné, Mostefa-Ould-el-Hadj-Sahuli, fut assassiné par les Chorfa, en février 1872 son frère,. EI-Hadj-EI-Miliani, qui lui succéda comme caïd, a subi, récemment, le même sort (29 mars 1895).
Le marabout, de Tiout, après avoir hésité quelque temps à entrer en relations avec nous, vint spontanément nous offrir ses services lorsque nous fûmes devenus les maîtres de Tlemcen, Une telle attitude était d'autant plus méritoire que, dans le ksar d e Tiout, il avait à lutter contre l'influence des Chorfa, influence hostile aux chrétiens et qui se traduisait, d'autre part, par le meurtre de plusieurs marabouts. Ait commencement de 1881, le lieutenant De Banières, en tournée dans ces régions, installe son quartier général à Tiout où le chef de la zaouïa lui prête un concours dévoué et le tient au courant des agissements de Bou-A'mama.
Jusqu'en 1885, nos rapports avec la zaouïa furent excellents, mais au cours de cette même année 1885, un derqaoui, Mohammed-ech-Chaouï, qui avait reçu, en 1880, le marabout de Tiout, Si-Abdelkader, fut, à son tour, hébergé à Tiout sans que l'autorité française en eut été prévenue.
On accusa, alors, Si-Abdelkader de s'être affilié, en 1880, au cours d'un voyage qu'il avait effectué à Medaghra, à la confrérie des Derqaoua que dirigeait Si Mohammed ben Larbi.
Si Abdelkader répondit à cette accusation en sollicitant l'autorisation de venir s'installer à Tlemcen afin, disait-il, de lui permettre, ainsi qu'aux siens, d'échapper aux calomnies dont il était l'objet. Et comme, à ce moment, des bruits d'insurrection avaient cours parmi les tribus marocaines du Sud-Ouest, on s'empressa, afin d'éviter toute velléité secrète ou avouée, de correspondance entre la zaouïa de Tiout et celle des Medaghra qui devait diriger le mouvement insurrectionnel contre nous, de donner satisfaction au désir de Si Abdelkader
(1). Si Abdelkader mourut à Tlemcen en 1888, et depuis lors, les membres de sa famille ont pu rentrer dans le cercle d'Aïn-Sefra.
La zaouïa de Tiout est actuellement dirigée par Si Zerrouq, frère puîné de Si Abdelkader, mais sa cécité le tient à l'écart des choses temporelles. C'est son frère, Si Mouley, qui demeure chargé des relations avec le monde extérieur et les autorités et qui est, en quelque sorte, le grand chef des Youcefia algériens.
Son influence s'exerce sur les adeptes énumérés dans l'état ci-après.
(I) Cette mesure fut considérée comme excessive dans le monde politique mais, malgré les services qu'avait rendu le marabout de Tiout, les circonstances du moment ne permirent pas à l'autorité militaire de la rapporter.
En compte, en outre, de nombreux khouan parmi les Amour, les Hamian-Chafa'a, Beni-Metharref oit il a un moqaddem du nom d'ElKebir ben A'bderrahmane.
On trouve aussi des descendants de Si Ahmed ben Youcef à Relizane, à Aumale et chez les Meggan de Boghar. Ils ont pour serviteurs religieux les Hassasna (annexe de Saïda), une partie des Harrar (cercle de Tiaret), des Oulad-Chaï'b (cercle de Biskra), et des Oulad-Naïl (cercle de Djelfa).
D'autres descendants de Si Ahmed ben Youcef, après avoir séjourné à Saguiet-el-Hamra, seraient venus s'installer à Fas, à Meknès et à Taza, points où ils auraient donné naissance à d'autres branches qui compteraient des serviteurs chez les Ghiatra, les Oulad-A'issa et les Béni-Hassan
Mais dans ces contrées de l'empire chérifien, Youcefïa et Zerroukïa seraient confondus et se placeraient indifféremment sous le patronage des deux chefs algériens de l'école Chadelienne. C'est un point important à retenir, car, le jour où un personnage habile saurait ranimer leurs sentiments religieux, ils pourraient, sans doute, former une confrérie homogène.
D'autre part, nous l'avons dit, plusieurs élèves du cheikh Sidi Ahmed ben Youcef, sont allés se fixer à l'étranger où, grâce à leur science ésotérique et au prestige qui s'attache, partout, aux doctrines spiritualistes des Chadelïa, ils ont créé des écoles distinctes et parfois, des congrégations puissantes placées sous le patronage du saint de Miliana. Un certain Ibrahim-er-Rachidi, entre autres, qui était égyptien de naissance et élève du maître du grand Senoussi, Ahmed ben Idris, est parvenu à fonder, au XIIIe siècle de l'hégire, au Hedjaz, une corporation encore toute puissante.
Après s'être séparé des Mirghanïa et des autres disciples de son dernier maître spirituel, il se fit l'apôtre des doctrines du cheikh Ahmed ben Youcef et initia des adeptes en son nom.
Il se vit traiter d'hérétique par les Eulama de la Mecque, et porté devant leur medjelès en 1273 de l'hégire (mais il finit par confondre ses adversaires et, dès lors, sa réputation fut faite).
Les pèlerins de Syrie et des Indes surtout, se montrèrent fort » empressés à sa zaouïa, et pour lui permettre de créer un établissement plus important, une Bégum d'un état musulman du dernier » pays, séduite par sa renommée, lui envoya mille roupies d'or en une » seule fois.
La légende s'en mêlant, il devint ainsi l'un des chioukh les plus populaires de la Mecque, et tant parmi les habitants de la région » même, que parmi les pèlerins, ses disciples se comptèrent bientôt par milliers. Sans rappeler exactement quant à la règle, l'ancienne » confrérie des Rachidïa (ou Youcefïa) du Maghreb, son ordre prit à sa mort, en 1291 de l'hégire, le nom qu'il portait lui-même »
Le cheikh Mohammed-Drendaoui en a, aujourd'hui, la direction et, indépendamment de la zaouïa fondée de son vivant, dans une des plus belles rues de la Mecque, sa congrégation y compte un autre établissement dont le moqaddem est Cheikh-Mohammed-Salah ben Mohammed Soudani une deuxième zaouïa à Djeddah a pour moqaddem Mohammed-Djemal-el-Attar enfin, de petits
. couvents secondaires disséminés dans les Indes et en Syrie.
La congrégation fondée par Ibrahim-er-Rachidi est indépendante des Youcefia ou Rachidïa algériens et marocains mais le vocable de ces rameaux est commun, leurs doctrines sont analogues, leur patron spirituel est le mème. Youcefïa ou Rachidïa du Maghreb et Rachidïa du Hedjaz peuvent être considérés comme formant une seule et même confrérie.
Parmi les nombreux élèves du cheikh Sidi-Ahmed ben Youcef El Miliani, on cite Sid-Abou-l-Hassan-el-Qacem-el-Ghazi qui fonda une importante zaouïa dans l'Oued Dra'a (Maroc). Quelques adeptes Chadelïa se placèrent sous sou patronage et, à sa mort, créèrent la confrérie des Ghazïa. Cantonnée dans l'ouest de l'empire chérifien et il Fas où elle compte une zaouïa, cette corporation ne prit jamais un grand développement; elle doit être considérée comme une chapelle sans influence réelle et non comme une confrérie complètement organisée.
Elle a toujours été subordonnée aux directeurs spirituels des Nacerïa, tout-puissants dans les contrées oit elle compte quelques serviteurs religieux, C'est donc à titre purement documentaire que nous la citonsici.
Sa fondation date du Xe siècle de l'hégire (1526 de J.-C.),et les doctrines qu'on enseigne dans la seule zaouïa importante qu'elle possède, ainsi que les appuis mystiques que ses adeptes invoquent, sont analogues,, en esprit général, à ceux des confréries similaires. Ils n'ont rien qui puisse les caractériser et, par suite, attirer l'attention du lecteur.
publié il y a 20th May 2017 par zenagui mohamed
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Sidi Ahmed Ben Youcef / document complet. YOUCEFÏA La confrérie des Youcefïa a eu pour fondateur le chérif Abou-A'bbas, Sidi-Ahmed ben Mohammed ben Ahmed ben Abdallah ben Youcef ben A'bdeljelil ben Imdès ben Abd-er-Radhi ben Moussa-elMortadlti ben Dju'far-es-Sadoq ben Mohammed-el-Baqi ben Ahmed ben ez-Zin-el-A'bidine ben Hamoud ben A'ii ben Idris-es-Sghir ben Idris-elKebir ben Abdallah-el-Kamel ben Mohammed ben l'Hacen-es-Sebt ben Ali ben Abou-Taleb. Il était connu sous le nom de Youcef en mémoire de son grand-père Youcef ben Abdeldjelil, et sous le surnom de Rachedi comme étant originaire des Beni-Rached (1). Avant de s'affilier à la voie des Chadelïa, Ahmed ben Youcef avait déjà acquis une grande renommée de sainteté. Il appartenait, en effet, à la classe privilégiée des derouich Il était mejdoub et se plaisait à raconter lui-même que dès sa plus tendre enfance, il ne vivait, ici-bas, que corporellement. Il eut de nombreux démêlés avec les Turcs que son prosélytisme gênait et même avec plusieurs de ses coreligionnaires, notamment avec un certain A'minar-et-Tsari qui,le considérant comme un dangereux innovateur, avait juré de le tuer. Mais, la légende rapporte que chaque fois qu'il cherchait à s'approcher d'Ahmed ben Youcef, la jument qu'il montait s'arrêtait à distance et refusait d'avancer. Menacé d'emprisonnement par les Turcs, le fondateur de la confrérie des Youcefia quitte son pays et se rend à Bougie où il se fait affilier à l'Ordre des Chadelïa, par Sidi-Ahmed ben Zerrouq. Revenu dans son pays d'origine, il y recommença son prosélytisme et laissa de nombreux disciples dont quelques-uns sont demeurés légendaires. Citons entre autres Sidi-Mohammed-el-Antri-el-Arbi, qui voyageait à travers les étoiles Ahmed-bou-Ma'z'a-er-Rachedi (inhumé à Mascara), surnommé Bou-Ma'za à cause d'une chèvre qu'il immola jusqu'à cent fois et qui revenait toujours auprès de lui Abdelkader ben Khemasi, dont l'existence ne fut dévoilée que par une perdrix qui le suivait partout, etc. (1) M. Pilard, dans son étude sur la confrérie des Senoussia, et après lui M. Itinn, dans Marabouts El Khouan, placent les Beni-Rached dans l'amalat de Taza (Maroc). Dans le livre Rabah-et-Tidjara, par Ali ben El-Hadj-Moussa, oukil de la zaouïa de Sidi-Abderrahrnane-et-Ta'alibi (Alger), l es Beni-Rached sont, au contraire, indiquas comme dépendant, au XVIe siècle, de l'amalat d'Oran et situés à environ cinq heures de marche de Mascara. Ahmed ben Youcef avait une zaouïa à Kala'a qui doit être le Kala'a (douar) actuel de la commune mixte de l'Hillil. La vie d'Ahmed ben Youcef, est remplie de prodiges, souvent racontés par lui-même. Nous n'en citerons qu'un un jour que les privations l'avaient obligea quitter la kheloua où il s'était retiré, des pêcheurs le trouvèrent aux environs de Bougie, mourant de faim. Après l'avoir obligé prendre quelque nourriture, ses sauveurs providentiels voulurent remmener, mais, une fois dans la barque, celle-ci n'avançait plus et les pécheurs reconnaissant en Sidi-Ahmed, un marabout, n'eurent d'autre recours que de lui demander sa bénédiction qu'il leur donna volontiers. On raconte aussi, qu'a l'exemple de Si Mohammed ben A'ïssa, qui vivait de son temps, Si Ahmed ben Youcef, peu confiant dans les trois ou quatre mille disciples que son renom de sainteté lui avait attirés et qui ne cessaient de s'attacher à ses pas, voulut faire un triage et choisir des hommes dévoués et sincères. « Un jour, il les réunit tous autour d'une maison isolée, monta au » premier étage, se présenta à eux armé d'un grand couteau et leur » dit « Dieu a bien voulu me parler cette nuit; il m'a ordonné, pour » conjurer un grand malheur qui me menace, de sacrifier vingt des » disciples qui me suivent et m'écoutent avec tant de confiance. Je ne veux forcer le dévouement de personne. Que ceux d'entre vous qui » aiment le Seigneur, qui m'aiment et qui ont confiance en moi, vien» nent ici me tendre leur gorge » (1). Il y eut, après cette harangue, une grande fluctuation et un grand tumulte parmi les khouan assemblés leurs rangs s'étaient éclaircis et il en restait à peine une centaine lorsque Sidi-SIiman-bou-Smaha, aïeul de Sidi-Cheikh (2) se présenta. Il était à peine dans la chambre où se tenait Ahmed ben Youcef que le sang coula d'une gargouille. Sept disciples montèrent successivement dans la chambre sanglante. Inutile de dire que le rusé Ahmed ben Youcef avait substitué à ses sept dévoués serviteurs, d'innocentes brebis apportées secrètement dans la maison avant l'expérience. (1) Extrait de la Notice sur les oasis du Sahara cl les roules qui y conduisent, par L de Colomb, lieutenant-colonel d'infanterie. Paris, Challatncl ainé, éditeur, 1860. (2) Dans le Ilobah-el-Tidjara (lovo citalo), où l'histoire des Medabih (égorgés) est également racontée avec quelques variantes au récit que nous donnons, ce serait Olteilih ben ed-Uin qui se serait présenté, mais l'erreur est, ici, manifeste Cheikh ben ed-Din,ainsi qu'on pourra s'en rendre compte par un simple examen des arbres généalogiques annexés à la notice des Cheïkhïa, ayant été l'un des héritiers de la baraka des mêmes Cheïkhïa qui n'étaient pas encore organisés en confrérie à l'époque où vivait le fondateur des Youcefia. (3) En 927 de l'hégire, suivant Ahmed ben Khaled-en-Naceri-Sellaouï, auteur de Ylslikça. Si Ahmed ben Youcef est décédé en 931 (3) de l'hégire (1524-1525 de J.-C.) son tombeau, situé ai Miliana, est l'objet de fréquents pèlerinages. Il avait fréquenté nombre de chioukh de son temps parmi lesquels on cite l'imam Ez-Zitouni (Abou-A'bdallah-Mohammed), l'imam ElBokhaoui (Abou-Fadhel-et-Tomisi), les chioukh Abou-A'bdallah-esSbahani, Abou-Moussa-el-Masri et, principalement, Si Ahmed-Zerrouq, son maître spirituel. Le fondateur des Youcefïa a laissé des commentaires sur Je soufisme, sur la voie Chadelïa à laquelle se rattache son enseignement essentiellement spiritualiste et, principalement, sur les états extatiques des affiliés qui marchent vers l'union mystique. Il divise ces derniers en sahib-el-ouadhia, sahib-et-taqsir, sahib-el-khirqa et sahib-ism-el-Djelil, toutes qualifications qui marquent des degrés mystiques plus ou moins accentués. Quant la chaîne spirituelle des Youcefïa elle est ainsi composée: Si Ahmed-Youcef, Ahmed-Zerrouq, Ahmed ben Oqba-el-Hadrami, Yahia-el-Qaddour, Ali ben Ouafa, Daoud-el-Belghi, Ibn-Ata-Allah, Hassan-Chadeli, A'bdesselam ben Machich, Chériî-Abou-Zid, A'bderrahmane-ez-Ziati-el-Madani, Taqi-ed-Din-es-Soufi, Ma'rouf-Foqïa, Fakhred-Din, Abou-Hacen-Tadj-ed-Din, Chems-ed-Din, Mohammed, Zin-edDin, Mohammed, Mohammed-el-Qazouini, Abou-Ishaq, lbrahirri-el-Bosri, Abôu-Qacem-el-Merouani, Sa'ïd-el-Foutouh-Sa'di, Sa'ïd-el-Gherghouani, Abou-Mohammed-Djabri, Hassein ben Ali ben Abou-Taleb, Ali ben Abou-Taleb. Une deuxième chaîne, dite chaîne de la Khirqa, aboutit également à Ali ben Abou-Taleb par l'intermédiaire de divers personnages dont les principaux sont Ahmed-Zerrouq, Hassan-Chadeli, Abou-Ahmed-El-Ghazzali et El-Djoneïdi. Aux dires des biographes musulmans Ahmed ben Youcef eut une descendance nombreuse et plusieurs centaines d'élèves qui se sont illustrés par leur érudition et leurs vertus. Après la mort de leur aïeul et de leur maître, les uns et les autres se répandirent en Afrique septentrionale et, plus particulièrement au Maroc. Un groupe de ses descendants existerait encore aux environs de la ville de Tlemcen . Il y a plus d'un siècle, un de ces derniers, Si Mohammed ben-Miloud (1), arrivait à Tiout. Bien accueilli par les habitants (1) Les Ouled-Miloud, marabouts de Tiout, descendent directement de Si El-Khelladi, arrière petit-fils de Si Ahmed ben Youcef. Ce Si El-Khelladi, qui est l'ancêtre commun de cette localité et des environs, il se maria dans leur ksar avec la sœur d'un des notables de l'endroit (1). De cette union naquit un fils, Si Mohammed, dont la descendance figure dans l'arbre généalogique ci-après à Tiout des branches de cette famille répandues dans la province d'Oran, à Tiout et au Maroc, était le fils du Ben-Yabia, fils de Moumen, fils de Ben-Ahmed, surnommé Ben-Marzouga, un des enfants de Si Ahmed ben Youcef. A une époque déjà ancienne, il vint s'établir à El-Kenator, dans l'ancien aghalik des Ghossel, sur le territoire actuel de la commune mixte de Remchi. Il mourut en laissant six enfants Si-Zerrouki, Si-El-Hadj-Safi, Si-Zenagui, Si-Ouis, Si-Yahia et Si-El-Miloud chacun de ses fils fut à son tour le père d'une nombreuse descendance qui s'est dispersée de la manière suivante Une partie des Oulad-Si-Zerrouki alla se fixer chez les Zekkara (Maroc) les Oulad-Sidi-EI-Hadj-Safi, les Ouled-Zenagui, les Ouled-Sidi-Ouis et les Ouled-Sidi-Yahia restèrent fixés à El-Kenater, où ils sont encore. Quant à Si-Miloud, sixième fils d'El-Khelladi, il mourut à El-Kenater, laissant un fils nommé Si Mohammed, qui se rendit à Tiout et s'y fixa, il y a de cela 121 ans (années lunaires). (D'après les renseignements fournis par El-Miliani. un des membres de cette famille, vivant à Tlemcen). (1) Les deux fils de celui-ci ont été successivement les représentants des autorités françaises dans le ksar. L'aîné, Mostefa-Ould-el-Hadj-Sahuli, fut assassiné par les Chorfa, en février 1872 son frère,. EI-Hadj-EI-Miliani, qui lui succéda comme caïd, a subi, récemment, le même sort (29 mars 1895). Le marabout, de Tiout, après avoir hésité quelque temps à entrer en relations avec nous, vint spontanément nous offrir ses services lorsque nous fûmes devenus les maîtres de Tlemcen, Une telle attitude était d'autant plus méritoire que, dans le ksar d e Tiout, il avait à lutter contre l'influence des Chorfa, influence hostile aux chrétiens et qui se traduisait, d'autre part, par le meurtre de plusieurs marabouts. Ait commencement de 1881, le lieutenant De Banières, en tournée dans ces régions, installe son quartier général à Tiout où le chef de la zaouïa lui prête un concours dévoué et le tient au courant des agissements de Bou-A'mama. Jusqu'en 1885, nos rapports avec la zaouïa furent excellents, mais au cours de cette même année 1885, un derqaoui, Mohammed-ech-Chaouï, qui avait reçu, en 1880, le marabout de Tiout, Si-Abdelkader, fut, à son tour, hébergé à Tiout sans que l'autorité française en eut été prévenue. On accusa, alors, Si-Abdelkader de s'être affilié, en 1880, au cours d'un voyage qu'il avait effectué à Medaghra, à la confrérie des Derqaoua que dirigeait Si Mohammed ben Larbi. Si Abdelkader répondit à cette accusation en sollicitant l'autorisation de venir s'installer à Tlemcen afin, disait-il, de lui permettre, ainsi qu'aux siens, d'échapper aux calomnies dont il était l'objet. Et comme, à ce moment, des bruits d'insurrection avaient cours parmi les tribus marocaines du Sud-Ouest, on s'empressa, afin d'éviter toute velléité secrète ou avouée, de correspondance entre la zaouïa de Tiout et celle des Medaghra qui devait diriger le mouvement insurrectionnel contre nous, de donner satisfaction au désir de Si Abdelkader (1). Si Abdelkader mourut à Tlemcen en 1888, et depuis lors, les membres de sa famille ont pu rentrer dans le cercle d'Aïn-Sefra. La zaouïa de Tiout est actuellement dirigée par Si Zerrouq, frère puîné de Si Abdelkader, mais sa cécité le tient à l'écart des choses temporelles. C'est son frère, Si Mouley, qui demeure chargé des relations avec le monde extérieur et les autorités et qui est, en quelque sorte, le grand chef des Youcefia algériens. Son influence s'exerce sur les adeptes énumérés dans l'état ci-après. (I) Cette mesure fut considérée comme excessive dans le monde politique mais, malgré les services qu'avait rendu le marabout de Tiout, les circonstances du moment ne permirent pas à l'autorité militaire de la rapporter. En compte, en outre, de nombreux khouan parmi les Amour, les Hamian-Chafa'a, Beni-Metharref oit il a un moqaddem du nom d'ElKebir ben A'bderrahmane. On trouve aussi des descendants de Si Ahmed ben Youcef à Relizane, à Aumale et chez les Meggan de Boghar. Ils ont pour serviteurs religieux les Hassasna (annexe de Saïda), une partie des Harrar (cercle de Tiaret), des Oulad-Chaï'b (cercle de Biskra), et des Oulad-Naïl (cercle de Djelfa). D'autres descendants de Si Ahmed ben Youcef, après avoir séjourné à Saguiet-el-Hamra, seraient venus s'installer à Fas, à Meknès et à Taza, points où ils auraient donné naissance à d'autres branches qui compteraient des serviteurs chez les Ghiatra, les Oulad-A'issa et les Béni-Hassan Mais dans ces contrées de l'empire chérifien, Youcefïa et Zerroukïa seraient confondus et se placeraient indifféremment sous le patronage des deux chefs algériens de l'école Chadelienne. C'est un point important à retenir, car, le jour où un personnage habile saurait ranimer leurs sentiments religieux, ils pourraient, sans doute, former une confrérie homogène. D'autre part, nous l'avons dit, plusieurs élèves du cheikh Sidi Ahmed ben Youcef, sont allés se fixer à l'étranger où, grâce à leur science ésotérique et au prestige qui s'attache, partout, aux doctrines spiritualistes des Chadelïa, ils ont créé des écoles distinctes et parfois, des congrégations puissantes placées sous le patronage du saint de Miliana. Un certain Ibrahim-er-Rachidi, entre autres, qui était égyptien de naissance et élève du maître du grand Senoussi, Ahmed ben Idris, est parvenu à fonder, au XIIIe siècle de l'hégire, au Hedjaz, une corporation encore toute puissante. Après s'être séparé des Mirghanïa et des autres disciples de son dernier maître spirituel, il se fit l'apôtre des doctrines du cheikh Ahmed ben Youcef et initia des adeptes en son nom. Il se vit traiter d'hérétique par les Eulama de la Mecque, et porté devant leur medjelès en 1273 de l'hégire (mais il finit par confondre ses adversaires et, dès lors, sa réputation fut faite). Les pèlerins de Syrie et des Indes surtout, se montrèrent fort » empressés à sa zaouïa, et pour lui permettre de créer un établissement plus important, une Bégum d'un état musulman du dernier » pays, séduite par sa renommée, lui envoya mille roupies d'or en une » seule fois. La légende s'en mêlant, il devint ainsi l'un des chioukh les plus populaires de la Mecque, et tant parmi les habitants de la région » même, que parmi les pèlerins, ses disciples se comptèrent bientôt par milliers. Sans rappeler exactement quant à la règle, l'ancienne » confrérie des Rachidïa (ou Youcefïa) du Maghreb, son ordre prit à sa mort, en 1291 de l'hégire, le nom qu'il portait lui-même (1) ». Le cheikh Mohammed-Drendaoui en a, aujourd'hui, la direction et, indépendamment de la zaouïa fondée de son vivant, dans une des plus belles rues de la Mecque, sa congrégation y compte un autre établissement dont le moqaddem est Cheikh-Mohammed-Salah ben Mohammed Soudani une deuxième zaouïa à Djeddah a pour moqaddem Mohammed-Djemal-el-Attar enfin, de petits couvents secondaires disséminés dans les Indes et en Syrie. La congrégation fondée par Ibrahim-er-Rachidi est indépendante des Youcefia ou Rachidïa algériens et marocains mais le vocable de ces rameaux est commun, leurs doctrines sont analogues, leur patron spirituel est le mème. Youcefïa ou Rachidïa du Maghreb et Rachidïa du Hedjaz peuvent être considérés comme formant une seule et même confrérie. Parmi les nombreux élèves du cheikh Sidi-Ahmed ben Youcef El Miliani, on cite Sid-Abou-l-Hassan-el-Qacem-el-Ghazi qui fonda une importante zaouïa dans l'Oued Dra'a (Maroc). Quelques adeptes Chadelïa se placèrent sous sou patronage et, à sa mort, créèrent la confrérie des Ghazïa. Cantonnée dans l'ouest de l'empire chérifien et il Fas où elle compte une zaouïa, cette corporation ne prit jamais un grand développement; elle doit être considérée comme une chapelle sans influence réelle et non comme une confrérie complètement organisée. Elle a toujours été subordonnée aux directeurs spirituels des Nacerïa, tout-puissants dans les contrées oit elle compte quelques serviteurs religieux, C'est donc à titre purement documentaire que nous la citons ici. Sa fondation date du Xe siècle de l'hégire (1526 de J.-C.),et les doctrines qu'on enseigne dans la seule zaouïa importante qu'elle possède, ainsi que les appuis mystiques que ses adeptes invoquent, sont analogues,, en esprit général, à ceux des confréries similaires. Ils n'ont rien qui puisse les caractériser et, par suite, attirer l'attention du lecteur. Publié par zenagui mohamed
Appel du Dey Hassan Pacha 1830
"... Lorsque Hussein Pacha eut appris qu'une expédition formidable se préparait contre Alger, il s'empressa de faire appel aux tribus arabes et kabyles; il leur écrivit des lettres circulaires, dans lesquelles il leur représentait qu'il y avait, pour elles, un devoir de religion, à repousser l'invasion des infidèles.
(….)
Lorsque ces lettres parvinrent aux Kabyles, il y eut de grandes assemblées des tribus, afin de délibérer et de prendre les dispositions nécessaires pour répondre à l'appel du Dey.
Les notables du pays et les marabouts furent envoyés dans les tribus qui étaient en guerre, les unes avec les autres, afin d'apaiser leurs querelles et de les faire entrer en arrangement. Si une tribu se montrait récalcitrante, elle était aussitôt attaquée par toutes les tribus réunies, et ses villages incendiés; par ce moyen énergique, on arriva bientôt à rétablir partout la paix et à tourner toutes les forces du pays vers la guerre qui se préparait. Il fut décidé que toute vendetta serait suspendue jusqu'à la fin de la guerre; que tout individu, qui exercerait une vengeance, serait lapidé par la djemâa, et que ses (biens) seraient confisqués; que les dettes ne pourraient être réclamées; que tout individu qui se rendrait coupable de vol, après le départ des guerriers, serait puni de mort. Toutes ces mesures, consacrées par la couturne, furent publiées sur les marchés. En même temps, chacun prenait ses dispositions particulières en vue de la guerre, préparait ses armes, ses vivres, ses munitions .Ceux qui ne possédaient rien étaient équipés aux frais des djemâas ou aux frais des individus, qui, ne pouvant partir eux mêmes, Voulaient au moins contribuer à la la guerre sainte par leur argent. Les uns écrivaient leurs dernières volontés et faisaient le compte de leurs créances et de leurs dettes, les autres constituaient leurs biens en habous. L'enthousiasme pour la guerre fut réellement remarquable : car les Kabyles fournirent la majeure partie de l'armée auxiliaire qui arriva au secours d'Alger. Les lieux de rendez-vous, pour les tribus, furent assignés de la manière suivante:les Ameraoua el-Fouaga et les tribus du haut Sebaou, devaient se réunir à Sikh ou Meddour; les Ameraoua Tahta, les tribus du bas Sebaou, les Flissat Oum el-Lil, à Azib Zamoum ,les tribus du Djurdjura à Bor'ni, et celles de l‘ouest au djemâ des Isser.
Au jour indiqué, les contingents se rassemblèrent aux points désignés, suivis des femmes, des enfants, des vieillards, qui voulaient faire leurs adieux aux Medjehedin, et faire des invocations suprêmes pour le succès de leurs armes. Les chefs avaient été choisis, d'un commun accord, parmi les hommes que désignait la notoriété publique. Les villages avaient fourni les mulets destinés au transport des vivres et à ramener les morts et les blessés, les hommes chargés de conduire ces mulets et de relever les morts et les blessés avaient été indiqués à l'avance. Lorsque les Kabyles marchent pour la guerre sainte, il est d'usage que chaque tribu ou chaque groupe de tribus d'un même" sof "soit accompagné d'un de ses marabouts les plus en renom, porteur du drapeau de sa zaouïa. Le jour du combat, ces drapeaux sont plantés sur la ligne de bataille, pour servir de points de ralliement, et ils y restent jusqu'à ce que le sort des armes soit décidé.
Voici comment s'organisèrent les phalanges Kabyles:
Les Beni Iraten, ayant pour chef Si Mohamed el-Hannachi Naït ou Amar de Tamazirt, avaient pour marabout Si Mhamed Saadi, qui portait le drapeau de la zaouia de Chikh ou Arab. Les Beni Fraoucen, Beni Khelili, Beni bou Chaïb,étaient conduits par Si Saïd ou Sahnoun, de Tamazirt, leur marabout était Si El-Hadj Salah Naït Daoud, de Souama.
Les Beni Djennad étaient commandés par Mhamed ou EI-Arbi Nait Baba, neveu d'Haddouch Naït Baba, que nous avons vu braver les efforts de Yahia Agha en 1825 , ils avaient, pour marabout, Si El-Arbi ou Chérif de Tazrout, avec le drapeau de la zaouïa vénérée de Sidi Mançour.
Les Flissat el-Behar avaient pour chef Arab Iguerroudjen et pour marabout cheikh Amar Amsoun. Les Beni R'obri marchaient avec Cheikh bou Hamil, pour chef, et avaient pour marabout Si Ahmed ou Malek., de Tiftrit Nait el Hadj, portant le drapeau de la zaouïa de son ancêtre.
Les Beni Idjer, Acif el Hammam, Tigrin, étaient conduits par Mohamed Nait Ali, et le marabout Chikh el-Mouhoub, de Tifrit Naït Malek.
Les Zerkhfaoua et les Beni Flik avaient Saïd ou Amar, et le marabout Si Mhamed ou Tafzoun.
Les Illoula et les Beni Ziki avaient Ali ou Kezzouz, et le cheikh de la zaouïa des Tolba ben Dris.
Les Beni Itourar et les Beni Illilten avaient Saïd Nait Hamlat, et le marabout Si Srir Oulid Sidi Yahia ou Amar.
Les Beni Ouaguennoun étaient conduits par Ahmed Nait Yahia, le même qui avait combattu Yahia Agha, en 1825 , leur marabout était Si Saadi, des Cheurfa.
Les Beni Yahia, Beni bou Youcef, Beni Menguellat, avaient Yahia Nait ou Azzouz, et deux marabouts, Si el Hadi, des Beni Menguellat, et Si Mohamed ou Chérif, des Beni bou Youcef.
Les Akbil, Beni Attaf, Beni Bou Drar, Beni Ouassif, Beni bou Akkach, avaient respectivement pour chefs EI-Haoussin ou Zennouch , El Hadj Amar naît Kassi, Ali Nait Youcef ou Ali, Ali ou Mohamed ou Kassi, El-Hadj el-Mokhtar Naït Saïd, leur marabout était Si el Djoudi, des Beni bou Drar.
Les Beni Yenni avaient Braham ou Ahmed, et le marabout Si el Hadj Lamine.
Les Beni Sedka étaient commandés par Si Ahmed ou Aïad, des Ouadia, et le marabout Si el Mahfoud, des Beni Chebla.
Les Beni Mahmoud avaient el-Haoussin Naït Mbarek; et le maraboul Si Nour ed Din Aït Zian.
Les Beni Aïssi et les Maatka, Si el-Hadj Tahar, et le mokeddem de la zaouïa de Sidi Ali ou Moussa.
Les Guechtoula étaient commandés par El Haoussin ou Ali,leur marabout était le mokaddem de la zaouia de Si Abder- Rahman Bou Gobrin, siége de l'ordre du même nom, et dont la puissance religieuse s'étendait sur une grande parue de la Régence.
Les Ameraoua avaient pour marabout le chikh Si Mohamed Amzian, des Ouled Bou Khalfa , leurs chefs étaient Amar ou Saïd Naït Kassi, pour les Ameraoua Fouaga, Aomar ben Mahied-din, pour les Ameraoua Tahta.
Les Flissat Oum el lil étaient commandés par el Hadj Mohamed ben Zamoum et el Hadj Mohamed ou Chakal , leur marabout était Sidi Smaïl.
Le caïd du Sebaou, Mohamed ben Moustafa Bou Kirch, marchait aussi avec ses moukahalia, sa musique et ses étendards.C'était un homme très-gros, grand ami de la chasse, d'un abord facile, bienveillant et affable, assez aimé des Kabyles. Les Makhzens des Ameraoua et des Abid reconnaissaient bien son autorité, mais les tribus kabyles n'obéissaient qu'aux décisions adoptées en conseil par leurs chefs.
A quel effectif s'élevaient les contingents fournis par la grande Kabylie?
Il serait bien difficile de le préciser; mais, en tenant compte des forces que l'agha Ibrahim mit en ligne devant nous au combat de Staouêli, et que l'on estime généralement à une cinquantaine de mille hommes , en tenant compte de ce que les beys de Constantine, de Titéri et d'Oran n'ont pas amené moins de deux mille combattants; en tenant compte des allées et venues, on arrive à évaluer le nombre des Kabyles, qui ont quitté leurs tribus, pour courir au secours d'Alger, à au moins vingt-cinq mille. C'est un effort remarquable, puisque ces vingt-cinq mille hommes, qui ont marché, représentaient à peu près le dixième de la population.
Lorsque les contingents kabyles arrivèrent auprès d'Hussein Pacha, il alla au-devant d'eux, leur témoigna la joie que lui causait leur venue, s'entretint avec les notables, et leur promit qu'il leur donnerait des armes, de la poudre et des provisions de bouche (…).
Les Kabyles campèrent, avec le bey de Constantine, auprès du Bordj EI-Harrach, côté vers lequel on croyait que serait dirigée notre attaque, Ce ne fut qu'après notre débarquement qu'ils se portèrent vers Staouëli.
Les Kabyles étaient généralement bons tireurs, ils le devaient à leur goût pour les armes, et à leur éducation. (…)
Ce furent les contingents kabyles qui harcelèrent si vivement nos troupes, dans les premiers jours qui suivirent notre débarquement …".
Source : D’après le colonel N. Robin.
Na oudiya icheridhen
de son vrai nom,si hamdi ouardya, né le 23/09/1905,épouse de Silhadi Chérif ben mahiedine
une dame sage qui a eu tant de courage et patience...
elle a eu 3 enfants mais seule un fille nommée Baya,survécue..
toutes deux décédées.
chaque site portera son nom..afin que les enfants aprennent à connaître le village
Les membres de la famille s’essuient le visage avec la peau du mouton.
Ce rituel , même si beaucoup en ignore la signification , demeure très encré dans presque toutes les régions du pays chaouis et même en Tunisie . Après l’abattage rituel du mouton de l’Aïd , le père de la famille montre l’exemple en passant la peau du mouton encore chaude sur son visage , avant que les membres de la famille enfants compris l’imitent religieusement .
Germaine Tillion a été témoin de ce rituel lors de sa mission ethnographique dans l’Aurès au début des années 1930 :
« Dans quelques villages du Nord, on recommandait de se passer la peau de l’animal prestement écorchée sur le visage, et surtout les yeux «pour se protéger contre les maladies».
Du haut d’une terrasse, à Tagoust, j’ai assisté à cette opération magique : le père d’abord, un homme grisonnant et barbu, s’essuya lentement et méticuleusement chaque partie du visage avec le revers de la peau de l’animal sacrificiel, puis il la passa sur le visage de fils aîné, un petit enfant de cinq ou six ans, et ensuite sur les visages des autres enfants. La peau circula enfin de main en main, et fut utilisé par tous les hommes présents, puis par toutes les femmes présentes « (1). Si la plupart des gens considèrent cette pratique comme une simple superstition , certains d’autres au contraire n’hésitent pas à plonger dans l’Histoire afin d’en expliquer la signification .
Tout commence vers le septième siècle lorsque le chef militaire arabe Oqba Ben Nafi qui commandait l’armée des Omeyades envahit l’Afrique du nord et fonda la ville de Kairouan. Le commandant des armées arabes affronta Aksel ( Kouciela) le chef militaire berbère qui a repris le flambeaux de la lutte contre l’invasion arabe après la mort de Dihya . Aksel après une résistance héroïque fut contraint de faire la paix avec les arabes .
Le grand historien berbère Ibn khaldoun rapporte le premier contacts entre Oqba et Aksel : « Abou Mohajir présenta Kouceila (Aksel ) qui s’est converti à l’islam à Oqba , ce dernier se montra dédaigneux envers le chef berbère et le méprisa …. Il lui ordonna un jour d’écorcher et dépecer un mouton , Kouceila répondit : » Que Dieu dirige l’émir vers le bien ! mes serviteurs s’en chargeront » Oqba s’emporta et insulta le berbère en lui ordonnant de s’acquitter lui-même de la tâche . Vexé , Kouceila s’est levé et s’est mis à dépouiller la bête en essuyant le sang sur sa barbe …. Plusieurs arabes intrigués par le geste de kouceila lui demandèrent la raison, il répondit que cela était bénéfique pour pilosité du visage .Un vieux sage qui a assisté à la scène , dit : » Le berbère rumine sa vengeance »…….. » Aksel n’oubliera pas cette offense et accomplira très vite sa vengeance en 684 ,il retrouvera Oqba Ben Nafiî et le tua pas loin de Biskra. Ce même geste , répété depuis des siècles et dont le déroulement est assez structuré parce qu’il obéit à une certaines hiérarchisation (le père et ensuite le fils ainé , les hommes ensuite les femmes) , laisse penser qu’il s’agissait d’un rituel d’appropriation dont les aspects se sont estompés avec le temps . Encore aujourd’hui, les chaouis accompagnent leurs menaces d’un geste de la main (comme s’ils venaient de s’essuyer le visage) en disant « hatha udhem inu » (voici mon visage !) .
Cet article est paru en premier lieu sur le portail culturel Chaoui Inumiden
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